Le Pèlerin de la vie (extrait)
« Je voudrai vivre comme j'aurais aimé avoir vécu au moment de ma mort ».
Cette phrase du célèbre philosophe chinois Confucius semble à priori pleine de sens. Pourtant lorsque l'on la ramène à soi, elle peut au premier abord être des plus déconcertante. Est-ce que je sais réellement de quelle façon j'aimerai vivre ? Vivre s'entend dans la continuité et cette continuité est jalonnée de bons moments mais aussi de péripéties, de difficultés. Comment alors dire à chaque moment de sa vie, si elle devait s'arrêter à l'instant, que j'ai vécu comme je l'aurais aimé ? Peut-être en partant dès aujourd'hui en quête de cette façon de vivre. En quête de soi, des autres, du monde visible et invisible. A l'image du pèlerin qui marche pour parvenir à son but, ainsi pouvons-nous avancer quotidiennement pour vivre comme nous aurions voulu l'avoir fait lorsque notre heure viendra et essayer chaque jour de trouver le bonheur pour nous-même, pour les autres et pour le monde.
15 Septembre 1972, il fait encore nuit et le jour ne va plus tarder à se lever. Cette nuit a été mouvementée et mon corps tout entier en ressent encore les crispations. Mon coeur bas à toute vitesse et je me sent humide et chaud.
Dehors, les gens s'agitent déjà. Certains partent au boulot d'autres rentrent se coucher. Cette nuit, certains ont souffert d'insomnies, d'autres ont fait l'amour, certains ont encore eu faim, d'autres sont morts. Moi je ne me souviens de rien.
Je sens juste son corps chaud m'envelopper et j'entends le battement familier de son coeur qui m'apaise et me rassure. Elle est heureuse, exténuée mais emplie d'une joie immense et indescriptible. Elle voudrait que cet instant dure des heures, que la vie entière ressemble à ce moment, qu'il survive à toutes les peines et à tous les drames à venir. Cependant, elle sait déjà que ce ne sera pas possible, que dans quelques secondes le jour va se lever et que la vie va continuer. Pourtant quelque chose a changé. Elle se sent maintenant investie d'une mission. Une responsabilité qui surclasse toutes les autres. En me mettant au jour, elle m'envoie inévitablement en même temps sur les chemins de la vie. Elle sait qu'elle pourra m'accompagner une partie du chemin, mais que le reste je devrai le faire sans elle. Elle sait déjà que ce chemin sera fait de bonnes choses, mais qu'il sera aussi semé d'embûches. Alors jour après jour, année après année, elle va patiemment me guider dans le monde, me transmettre son amour pour la vie, pour les autres, pour moi. Ainsi équipé, je pourrai continuer le chemin qu'elle m'a montré et comme d'autres avant elle, devenir Pèlerin de la vie.
Le pèlerin à ceci de particulier qu'il avance sans savoir où il va faire une halte, ce qu'il va manger, où il va dormir. Il sait qu'il a un but, il le connaît ou le cherche mais le désire intensément. Son but est son objectif principal et il concentre toutes ses forces physiques et mentales pour y parvenir. Il s'agit d'un engagement personnel total. Devenir pèlerin suppose de se déterminer des objectifs et un but. Mais devenir pèlerin suppose aussi de renoncer à tout ce que le monde compte de certitudes et d'évidences. Seules comptent les expériences, les richesses humaines et spirituelles qui permettent de se trouver soi pour savoir ensuite découvrir les autres et ensemble se relier au monde.
Le Pèlerin de la vie sait que le monde n'existe qu'à travers lui. Il est conscient qu'après ça mort, le monde continuera à tourner et les jours à se lever comme si de rien n'était. Alors chaque jour, le Pèlerin de la vie va le vivre comme s'il était unique. Sa quête sera sa raison de vivre et donnera un sens à sa vie. Mais il va d'abord devoir l'identifier et se l'approprier.
A ce moment là, le pèlerin se met en quête et devient naturellement Pèlerin de la vie. Il ne fera en sorte d'emporte avec lui que le strict essentiel à sa survie et à la réalisation de son but. Pour le reste, le Pèlerin de la vie se nourrira de rencontres et d'échanges avec les humains qui jalonnent son parcours et de l'esprit qui le guide.
Le Pèlerin de la vie sait qu'il doit d'abord apprendre à s'aimer pour pouvoir ensuite aimer les autres et aimer aussi la vie. Alors tout au long de son périple, il aura en permanence à l'esprit cette nécessité et cherchera sans cesse à se découvrir. Il sait déjà que cette tâche sera difficile car il devra identifier et se confronter à des aspects de lui-même qui pourront lui déplaire. Mais il sait que ce travail est primordial et que sans lui il ne parviendra jamais à sa quête.
Au moment de se décider à se mettre en marche, le Pèlerin de la vie se souvient qu'un jour il a été enfant. Il se souvient combien à cette époque il avait besoin d'amour et comme il le cherchait partout. Il sait que cet amour, il va devoir le trouver ailleurs car s'il en a toujours autant besoin pour avancer, ceux qui pouvaient lui donner à l'époque, ne sont plus tous là.
Le Pèlerin de la vie sait aussi que seul il ne parviendra jamais au bout de sa quête. Il sait qu'au court de son chemin il s'éloignera de certaines rencontres et en fera d'autres. Il espère aussi que certaines l'accompagneront tout au long de son périple. Le Pèlerin de la vie va trouver dans ces rencontres la force pour continuer dans les moments de doutes, la récompense de ses efforts dans des moments de joie et son énergie quotidienne dans des moments de rencontre, de partage et de plaisir.
Avant même de partir dans sa quête, le Pèlerin de la vie est convaincu que tôt au tard il aura envie de la partager avec une autre personne. Il pense que cette personne décuplera l'intensité de sa démarche et qu'à deux ils chemineront pour un objectif commun. Mais il sait aussi que ce parcours partagé ne pourra se réaliser et trouver sa finalité qu'avec une personne qui aura décidé de se mettre aussi sur le chemin de la vie.
A certaines étapes de son parcours, le Pèlerin de la vie aura envie de s'oublier un peu pour se concentrer sur quelqu'un d'autre. Un être dont il aura la responsabilité et pour qui il pourra passer au second degré. Il sait que cette étape de son parcours sera importante pour l'aider à parvenir à son but.
Le Pèlerin de la vie sait que le temps est compté et qu'il faudra l'utiliser efficacement. Il sait que seul compte l'expérience humaine et qu'elle seule le mènera au bout de sa quête. Il sait aussi qu'il n'est pas seul et que des personnes qui l'aime pensent à lui.
Lorsqu'il se met à réfléchir au sens de son périple, le Pèlerin de la vie se dit que sa démarche ne doit pas lui servir à lui seul. Il est conscient qu'une fois sont passage sur terre terminé, il ne restera de lui que ce qu'il aura semé. Il se dit aussi que son passage ne sera justifié que si cette semence sert à d'autres. Alors le Pèlerin de la vie cherchera tout au long de son parcours quoi semer et où le semer.
Le Pèlerin de la vie sait que le simple fait d'exister et de vivre parmi les autres suppose des obligations par rapport à la terre qui l'accueille et le nourrit. Tout au long de son périple il s'efforcera de préserver la terre en ne prélevant que ce dont il a besoin pour continuer. Lorsque l'eau qui lui sert à se désaltérer risquera de manquer aux autres il en boira quelques gorgées de moins. Il fera de même avec les autres dons de la nature pour que ceux qui viendront après lui puissent aussi continuer leur périple.
Malgré sa farouche envie d'atteindre son but, le Pèlerin de la vie sait qu'il n'évitera pas les chutes tout au long de son chemin. Bien qu'elles risquent de le ralentir et de le blesser, le Pèlerin de la vie sait qu'il devra à chaque fois se relever et se remettre en marche. Parce qu'une des plus grandes fiertés qu'il pourra tirer de son périple sera de s'être relevé après chaque chute pour continuer son périple.
Le Pèlerin de la vie connaît l'importance de chacune de ses actions et de ses mots et ne fait rien qui porterait préjudice aux autres sans avoir réfléchi aux conséquences. Il connaît le pouvoir de l'émotion et sait qu'il doit la maîtriser pour fournir une réponse respectueuse de l'autre, à chaque situation. Par dessus tout, il connaît la valeur de la vie et le respect qu'on doit lui accorder.
Parfois, face aux injustices ou à l'ampleur des situations qu'il va rencontrer, le Pèlerin de la vie aura l'impression qu'il est inutile d'intervenir car à lui tout seul, il ne parviendra pas à résoudre la situation. Mais il se dit aussi qu'il ferait une erreur en pensant qu'il ne peut rien changer. Alors, rassuré sur l'importance de son action il agit suivant ses convictions.
Le Pèlerin de la vie se souvient qu'il s'est souvent senti exister à travers le regard qu'un autre à porté sur lui. Ce sentiment vital qui lui a donné l'impression d'être un être humain et qu'il emporte avec lui, il le partagera avec ceux qu'il croisera sur sa route. Il prendra ainsi l'initiative d'un regard, d'un bonjour ou d'un sourire.
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